
Maladie Rénale
« On m’a dit de faire attention au potassium, alors j’ai arrêté les fruits et les légumes. » C’est une phrase que j’entends souvent chez les personnes qui ont une maladie rénale chronique. Le potassium fait peur, et on finit parfois par supprimer des aliments essentiels sans savoir si c’est vraiment nécessaire.
Pourtant, toutes les personnes atteintes d’une maladie rénale n’ont pas besoin de limiter le potassium. Et quand c’est nécessaire, il existe des techniques simples pour continuer à manger des légumes avec plaisir.
Dans cet article, je vous explique le rôle du potassium, pourquoi il peut devenir un problème quand les reins fatiguent, qui doit le surveiller, et comment faire en pratique.
Comprendre : le potassium et vos reins
Un minéral indispensable
Le potassium est essentiel au bon fonctionnement de vos muscles, et en particulier de votre cœur. Il participe à la transmission de l’influx nerveux et à la régulation de la tension artérielle. On le trouve dans de très nombreux aliments : fruits, légumes, légumineuses, féculents, mais aussi produits transformés.
Le rein, régulateur du potassium
Ce sont vos reins qui éliminent le potassium en excès, dans les urines. Quand ils fonctionnent moins bien, ils peuvent avoir du mal à évacuer tout le potassium apporté par l’alimentation. Le taux de potassium dans le sang, la kaliémie, peut alors augmenter : c’est l’hyperkaliémie.
Une hyperkaliémie importante est dangereuse, car elle peut provoquer des troubles du rythme cardiaque. Elle donne souvent peu de signes : c’est pourquoi votre kaliémie est surveillée régulièrement par prise de sang.
Ce qui a changé dans les recommandations
Pendant longtemps, on conseillait presque systématiquement de limiter les fruits et les légumes. Les recommandations internationales de néphrologie (KDIGO, 2024) ont fait évoluer cette approche :
- Pas de restriction systématique. Une personne avec une maladie rénale et une kaliémie normale n’a pas à limiter le potassium par principe.
- Une alimentation riche en végétaux est encouragée, avec moins de produits ultra-transformés. Les fruits et légumes ont de nombreux bienfaits, y compris pour les reins et le cœur.
- Une approche individualisée quand la kaliémie est élevée, en commençant par les aliments dont le potassium est le plus facilement absorbé : les produits transformés et les additifs.
D’autres causes d’hyperkaliémie sont aussi à rechercher par votre médecin : certains médicaments, la constipation ou l’acidose métabolique, par exemple.
Appliquer : qui doit limiter, et comment Faut-il limiter le potassium ?
Tout dépend de votre prise de sang
Le taux normal de potassium dans le sang se situe entre 3,5 et 5 mmol/L.
- Votre kaliémie est normale : pas de restriction nécessaire. Continuez à manger des fruits et légumes variés, et faites contrôler votre kaliémie comme prévu par votre néphrologue.
- Votre kaliémie est élevée, ou vous êtes dialysé(e) : une adaptation est utile, sur prescription et avec un accompagnement diététique. Il ne s’agit pas de tout supprimer, mais de choisir les bons aliments, les bonnes quantités et les bonnes cuissons.
Les aliments les plus riches en potassium
| Aliment | Potassium pour 100 g (ordre de grandeur) |
| Abricots secs | 1 100 à 1 400 mg |
| Chocolat noir | 500 à 700 mg |
| Pomme de terre cuite au four avec la peau | 450 à 550 mg |
| Avocat | 430 à 485 mg |
| Lentilles cuites | 370 mg environ |
| Banane | 350 mg environ |
Ce tableau ne signifie pas que ces aliments sont interdits. Quand une restriction est nécessaire, on joue surtout sur la quantité et la fréquence : une demi-banane plutôt qu’une entière, un carré de chocolat plutôt qu’une tablette.
Les pièges cachés
• Les sels de régime (« pauvres en sodium ») : ils remplacent le sodium par du chlorure de potassium. Ils sont à bannir en cas de maladie rénale, même si vous devez limiter le sel.
• Les produits ultra-transformés : certains additifs contiennent du potassium très facilement absorbé. Regardez les étiquettes : les additifs qui mentionnent « potassium » sont à limiter.
• Les jus de fruits et les soupes : le potassium des aliments passe dans le liquide. Un jus ou un bouillon de légumes en contient beaucoup.
• La carambole : ce fruit exotique est toxique pour les personnes dont les reins fonctionnent mal. À éviter totalement.
La technique de la double cuisson, et la recette pour l’appliquer
Pourquoi ça marche ?
Le potassium est soluble dans l’eau. Quand on fait cuire des légumes coupés dans un grand volume d’eau, une partie du potassium passe dans l’eau de cuisson. En jetant cette eau, et en recommençant une seconde fois, on réduit la teneur en potassium d’environ 30 à 50 %, selon les légumes et la taille des morceaux.
À l’inverse, la cuisson vapeur, au micro-ondes, à l’étouffée ou au four garde tout le potassium dans l’aliment.
Les 3 règles d’or
1. Épluchez les légumes et coupez-les en petits morceaux : plus la surface est grande, plus le potassium s’échappe.
2. Mettez-les dans une grande casserole d’eau froide, portez à ébullition et laissez cuire une dizaine de minutes.
3. Jetez l’eau, recouvrez d’eau neuve et terminez la cuisson.
IMPORTANT
Ne réutilisez jamais l’eau de cuisson, ni pour une soupe, ni pour une sauce.
Avoir une maladie rénale ne veut pas dire renoncer aux fruits et aux légumes. Si votre kaliémie est normale, ils restent vos alliés. Si elle est élevée, on adapte les quantités, on choisit les bonnes cuissons et on traque les pièges cachés, comme les sels de régime et les produits transformés.
Le potassium n’est qu’une partie de l’alimentation en cas de maladie rénale. Le sel, le phosphore, les protéines et, en dialyse, les liquides comptent aussi. J’accompagne les patients à tous les stades, de 1 à5, dialyse comprise, en lien avec leur néphrologue. On part de vos résultats de prise de sang et de vos habitudes pour construire une alimentation adaptée, sans restrictions inutiles.
Vous avez une maladie rénale chronique ou vous êtes dialysé(e) ?
Je vous reçois à mon cabinet de Montmorency ou en visio.
Ces informations sont générales et ne remplacent pas un avis médical personnalisé.
Toute restriction en potassium doit être décidée avec votre néphrologue, en fonction de vos analyses.
